Ce jour de pluie me donne envie de braises…
Je suis rentré dans la maison comme un voleur
Déjà tu partageais le lourd repos des fleursJ’ai retiré mes vêtements tombés à terre
J’ai dit pour un moment à mon coeur de se taireJe ne me voyais plus j’avais perdu mon âge
Nu dans ce monde noir sans regard sans imageDépouillé de moi-même allégé de mes jours
N’ayant plus souvenir que de toi mon amourMon secret frémissant qu’aveuglement je touche
Mémoire de mes mains mémoire de ma boucheLong parfum retrouvé de cette vie ensemble
Et comme aux premiers temps qu’à respirer je trembleTe voilà ma jacinthe entre mes bras captive
Qui bouges doucement dans le lit quand j’arriveComme si tu faisais dans ton rêve ma place
Dans ce paysage où Dieu sait ce qui se passeOu c’est par passe-droit qu’à tes côtés je veille
Et j’ai peur de tomber de toi dans le sommeilComme la preuve d’être embrumant le miroir
Si fragile bonheur qu’à peine on peut y croireJ’ai peur de ton silence et pourtant tu respires
Contre moi je te tiens imaginaire empireJe suis auprès de toi le guetteur qui se trouble
A chaque pas qu’il fait de l’écho qui le doubleJe suis auprès de toi le guetteur sur les murs
Qui souffre d’une feuille et se meurt d’un murmureJe vis pour cette plainte à l’heure ou tu reposes
Je vis pour cette crainte en moi de toute choseVa dire ô mon gazel à ceux du jour futur
Qu’ici le nom d’Elsa seul est ma signatureLouis Aragon (Le Fou d’Elsa, 1963)








3 commentaires
29 mai 2008 à 7:48
ceci est une belle déclaration…
30 mai 2008 à 4:01
j’adore le texte et l’adaptation musical. C’était très sympa merci!
punaise j’arrive pas à arrêter de lécher mince alors…
30 mai 2008 à 9:43
C’est vrai que c’est chouette… Et cela m’a donné l’occasion de découvrir qu’il s’agissait de l’un des rares ghazals en français, un genre poétique arabo-persan très connu.
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