3 juillet 2008
Nomadisme…
17 juin 2008
Une vieille amie irlandaise…
Le peuple irlandais a rejeté à 53% le traité de Lisbonne soumis à référendum dans ce petit pays d’un peu plus de 4 millions d’habitants. C’est la seule nation européenne où la démarche du référendum a été adoptée, et…
Signe d’un divorce profond entre l’esprit de l’Europe et ceux qui la font aujourd’hui d’une part, et entre ces derniers et les peuples européens d’autre part, cet “échec” ne doit pas laisser indifférent comme ce fut le cas lors de l’accident industriel de 2005 en France et au Pays-bas.
Alors pour le plaisir, je vous redonne à lire et à sentir mon Irlande.
L‘Irlande, c’est une vieille copine, 17 ans que je la fréquente. On a eu une belle histoire ensemble… Elle était jeune, un peu rebelle, un peu fauchée, pas maquillée, mais sacrément sexy… Elle aimait faire trotter son cheval O’Connell Street. Elle m’a même raconté que le truc qui la faisait le plus rire, c’était de le faire monter dans l’ascenseur de Liam, dans le North Side… On s’est un peu roulé dans la paille ensemble du côté de Sandymount, de Lansdowne Road, sur les trottoirs glissants et arrosés du Jazz Cork Festival ou de la Saint Patrick à Dublin…
Quelle descente elle avait ! Fallait pas lui parler des Français, avec leurs regards un peu trop francs d’obsédés sexuels… Mais avec moi ça passait, fallait juste que je la suive à la Guinness et au Fish N’Chips de Bath Avenue… Et puis elle m’a présenté ses potes, Espagnols, Italiens, Australiens, Sheep shaggers, pardon, Neo-Zélandais, Allemands, Américains, même…
Elle m’a peut-être sauvé la vie un soir de Saint Patrick en 1994 en m’aidant à traduire les propos d’un Gardaï dublinois à bout de nerfs, lorsque celui-ci m’a ordonné de laisser ma Pinte où elle était, en me virant du pub à une heure indue… “Try Oogain to get yis bloody Pint O’ Guinniss and yeah is Oonder arresht youn’ pale…”
Je suis retournée la voir avec le 5ème élément il y a quelques années. Quel plaisir de retrouver avec elles Dublin, le Bad Ass Café, Sandymount, Glencolumcill, Kilcar, Donegal City, Galway, les Iles d’Aran, de partager quelques pintes et quelques verres de vins australiens…
Mais bon Dieu qu’elle a changé… Elle a arrêtée de fumer, elle s’est enrichie, elle s’est embellie aussi, faut avouer, un peu plus apprêtée, un peu plus maquillée… A peine un peu affadie…
Elle roule en Berline maintenant… Et elle traine souvent en terrasse, comme les Parisiennes. J’ai toujours du mal à la suivre à la Guinness, mais plus pour les mêmes raisons, question de budget… Elle est devenue geek, faut dire qu’elle bosse dans l’informatique… Son mec est dans le Business, ça roule…
Ses cousins de Derry et de Belfast ont arrêté les conneries aussi. C’est important pour elle. Ca l’empêche quand même pas d’être restée une sacrée rebelle… Avec un sourire !
Et puis elle a eu 2 enfants, pas mal en Europe. Comme si ça suffisait pas, comme elle a un grand coeur, même si ça se voit pas toujours, elle a adopté un petit Polonais, un petit Tchèque, et un petit Indien. J’espère que ça se passera bien.
Tout ça pour vous dire que même si elle est plus comme avant, l’Irlande, ça reste ma copine pour la vie. Et puis tiens, dès que j’ai l’occase, avec le 5ème élément, on lâche nos pommiers et on emmène Bonhomme voir si les moutons font Meuuuuh là-bas comme ici…

Dublin court
6 juin 2008
Balkan
L’article sur la folie des fanfares balkaniques révélée au monde dans le Télérama du 24 mai m’a chatouillé le ventre, douce sensation qui m’a rappelé que depuis près de 20 ans, je suis un malade des airs qui rythment les moments de la vie de Zagreb à Varna, de Bratislava à Sofia…
Evidemment, Bregovic et Kusturica y sont pour quelque chose, mais il suffit d’avoir eu l’occasion de trainer ses guêtres dans les rues de Sofia ou dans les campagnes de Thrace pour savoir que le rythme des Balkans profite de toutes les occasions de la vie pour vous retourner les neurones et vous chavirer le coeur.
Pic Virhen, BulgarieMon plus beau souvenir, mon plus beau fantasme musical, je l’ai vécu au détour d’une large piste forestière du massif du Pirin. Au soir d’une longue randonnée au sommet du Pic Virhen, l’un des sommets les plus élevés de Bulgarie, je redescendais vers Bansko en savourant les parfums des sous-bois et en imaginant l’assiette de pilechki et chachliki arrosée de mavroud qui m’attendait ce soir là. Au détour d’une arête de la montagne, un rêve me saisissait, percussion, flûtes, bombardes, violons, des rythmes complètement hirsutes, au delà de ce que l’on peut imaginer sortir de tels instruments. D’où venait cette hystérie de son, ce rythme fracassé ? Je sortais de la forêt et découvrais une vaste clairière au pied de ce qui semblait être une piste de ski. Un océan de senteurs de prairie alpestres envahissait mes narines, et je découvrais la source de cette magie. Au bout de la piste carrossable, une buvette dans un chalet, quelques randonneurs fourbus attablés en terrasse, et une fanfare tzigane enveloppant la montagne de sa folie. Je n’en croyais ni mes yeux, ni mes oreilles, je venais de me prendre le Balkan des Ottomans en pleine face. Ce moment est gravé à jamais dans ma mémoire.
29 mai 2008
Gazel au fond de la nuit, Aragon et Gnawa diffusion, Bab el oued
Ce jour de pluie me donne envie de braises…
Je suis rentré dans la maison comme un voleur
Déjà tu partageais le lourd repos des fleursJ’ai retiré mes vêtements tombés à terre
J’ai dit pour un moment à mon coeur de se taireJe ne me voyais plus j’avais perdu mon âge
Nu dans ce monde noir sans regard sans imageDépouillé de moi-même allégé de mes jours
N’ayant plus souvenir que de toi mon amourMon secret frémissant qu’aveuglement je touche
Mémoire de mes mains mémoire de ma boucheLong parfum retrouvé de cette vie ensemble
Et comme aux premiers temps qu’à respirer je trembleTe voilà ma jacinthe entre mes bras captive
Qui bouges doucement dans le lit quand j’arriveComme si tu faisais dans ton rêve ma place
Dans ce paysage où Dieu sait ce qui se passeOu c’est par passe-droit qu’à tes côtés je veille
Et j’ai peur de tomber de toi dans le sommeilComme la preuve d’être embrumant le miroir
Si fragile bonheur qu’à peine on peut y croireJ’ai peur de ton silence et pourtant tu respires
Contre moi je te tiens imaginaire empireJe suis auprès de toi le guetteur qui se trouble
A chaque pas qu’il fait de l’écho qui le doubleJe suis auprès de toi le guetteur sur les murs
Qui souffre d’une feuille et se meurt d’un murmureJe vis pour cette plainte à l’heure ou tu reposes
Je vis pour cette crainte en moi de toute choseVa dire ô mon gazel à ceux du jour futur
Qu’ici le nom d’Elsa seul est ma signatureLouis Aragon (Le Fou d’Elsa, 1963)
2 mai 2008
Epicerie italienne…
Il y a de petits bonheurs qui se font rares. Débarquer dans le centre ancien de Grenoble pour le seul plaisir d’y dévaliser l’épicerie italienne de la place du marché aux herbes est de ceux là.
Tout commence par une matinée d’avril, un temps doux de printemps, presque lourd, un ciel à peine couvert… Le timing est serré. Il est 10h30, vous avez un peu plus d’une heure, alors vous foncez, autoroute, porte de France, les quais… Pas de gâches ? Qu’à cela ne tienne, vous vous garez à l’arrache à Très-cloîtres comme avant, avant que l’on ne vire la voiture du centre-ville, avant que nous ne prenions conscience du rapport entre omniprésence de la bagnole et qualité de vie dans la ville, mais je m’égare.
Vous vous dépêchez, le temps passe, hop, rue de la Brocherie, vous sautez les marches de l’épicerie, à vous risotto, polenta, farfalle, pesto, pesto rosso, penne, spaghetti, prosciutto San Daniele, parmigiano, valpolicella…

Une petite virée ensuite au marché aux herbes, non sans jeter un regard vers la rue Renauldon, coeur du vieux quartier Arabe où vous avez dévoré les siècles des siècles de kebabs et d’américains harissa mayo, de makrouds et de thés à la menthe…
Vous vous mêlez rapidement à la foule, vous choisissez quelques laitues, quelques fruits, faites la queue, vous lâchez quelques pièces…
Libéré, vous prenez enfin le temps de regarder les gens, les couleurs du marché, les hautes façades des immeubles de la même rue de la Brocherie. Vous débarquez place de la Cathédrale, et vous ne pouvez résister au plaisir de prendre un petit café à la terrasse du Tonneau de Diogène, face au musée d’histoire de l’Isère, ancien Evêché.
Un court moment de plaisir pour savourer ces lieux de votre jeunesse -déjà…-. Un tram passe, un autre, vaisseaux urbains surdimensionnés… Un improbable maître de conférences hirsute à vélo se glisse sur les voies, à l’arrière de la rame. Pas de doute, nous sommes bien à Grenoble. 11h45. Il est l’heure.

2 avril 2008
Un père, un fils
Cela fera huit ans que mon père est mort cette semaine. Ce temps n’a pas effacé l’amour que je lui porte. Ni la conscience de ces longues années passées loin de lui. Ni la douleur de l’absence.
Père aujourd’hui d’un petit homme admirable de gentillesse et d’intelligence, je vois dans son regard le regard que je portais à mon père. A chaque fois je m’interroge sur la possibilité pour un homme, pour un père, de regarder un jour son fils dans les yeux, et de disparaitre pour toujours le lendemain.
Comment peut-on être capable de fuir ses responsabilités de père, au point d’abandonner un enfant en pleine construction de soi ? Comment en parallèle peut-on avoir le cran de prendre sur soi et de survivre pendant 20 ans, seul, loin des siens, avec rien, sans but, sans espoirs ?
Je ne le comprendrai sans doute jamais, et je ne veux garder que ces derniers souvenirs. Ce jour de retrouvailles, cette longue marche dans l’Esterel, ces discussions d’homme à homme, sur le port de Cannes, dans ce restaurant de la Napoule…
… Ces longues confidences dans mon appartement parisien, ou à cette terrasse de Saint-Paul, ou encore devant la maison du refuge familial de l’Haÿ-les-Roses pendant la Seconde guerre mondiale.
Et pourtant. Aujourd’hui, dans les yeux de mon fils, du même bleu Iroise que ceux de mon père, je vois ma propre enfance. Cette présence paternelle si lointaine et pourtant si forte. Ce père aimant me tenant la main à la sortie de l’Ecole, chantant “L’école est finie”. Ce père me cageolant après que je me sois lamentablement vautré dans le caniveau en descendant de l’Ami 8 familiale, ce père à qui je ressemble tant pour cela qui faisait flamber les crêpes jusqu’à en roussir le plafond au désespoir de ma mère… Je le revoie aussi me sauvant la vie, moi, hurlant dans la salle de bains obscure, à la vue des yeux brillants d’un chat clandestin et sans papier… Je me souviens aussi de la façon dont il s’est occupé de mon éducation alimentaire en me laissant saucer les poêles entières destinées à cuire les steacks de son petit café-restaurant grenoblois…
Je me souviens surtout de ce retour de vacances d’été dans le Nord, où l’on m’a expliqué que mon père n’était plus à la maison, qu’il ne serait plus à la maison, qu’il ne reviendrait pas. Je me souviens d’avoir pleuré toutes les larmes de mon corps comme un gamin de 7-8 ans peut le faire…
Je t’en voudrai jusqu’à la fin de mes jours, Papa, de m’avoir fait ça. Mais je te remercierai aussi sans fin de m’avoir donné ce que tu as pu, et surtout de m’avoir procuré l’occasion de me construire une personnalité par moi-même, avec le regard et l’apport des autres.
Où que tu sois, je porterai vers toi un regard toujours lucide. Où que tu sois, cela ne m’empêchera jamais de t’aimer.
Ne serait-ce qu’en me donnant la vie, vous mes parents, vous m’avez permis d’en faire de même.
Peut-être aussi en donnant à mon fils vos yeux couleurs d’océan qui me donnent encore plus de force pour essayer d’être un bon père.

15 mars 2008
Lettre à Monsieur le Préfet, objet : étranger en situation irrégulière
“Monsieur le Préfet,
Je viens par ce courrier vous informer que j’ai eu connaissance de la présence sur le territoire de notre beau département d’une personne étrangère résidant sans titre de séjour valable.
Je suis parfaitement étonné que personne, ni parmi la population locale, ni au sein de vos services, n’ait réagi depuis le temps que dure cette situation intolérable.
Français de coeur et bien évidemment de souche, payant régulièrement mes impôts, je ressens cette situation avec une grande tristesse et une profonde indignation. Notez bien que je n’ai rien contre les étrangers bien sur, mais il y a des lois votées par notre représentation nationale, donc légales et légitimes, et il me semble qu’elles soient faites pour être appliquées.
Ce Monsieur, qui bien évidemment tait sa nationalité, est à ma connaissance venu du Sénégal. Ces références ne disent rien de la profession qu’il exerce et j’imagine qu’il agit dans l’ombre.
Des documents présents à son domicile, des photographies notamment, d’après ce que l’on m’en a rapporté, me laisse à penser qu’il agit parfois armé, et qu’il n’hésite pas, me semble t-il, à utiliser certains symboles de notre belle république dans sa tenue vestimentaire.
Vous comprendrez bien, Monsieur le Préfet, que je vous demande, en tant que citoyen, en tant que républicain respectueux des valeurs portées par notre président et par son ministre de l’identité nationale, qu’une telle situation cesse.
Je pense que vous n’aurez aucun mal à interpeler cet individu. Il réside à la Nécropole militaire française de Cerny-en-Laonnois, chemin des Dames, depuis juin 1917, Allée 125, rangée C. Il est né en 1895.
Dans l’attente d’une réaction rapide, veuillez recevoir, Monsieur le Préfet, l’expression de mes sentiments respectueux.
Signé : illisible.”

Vallée de la Doller, 1914-1918, Jean-Marie EHRET, Georges REDHALER, Bernard SUTTER, Daniel WILLME
Merci à l’auditeur de Là-bas si j’y suis, France Inter, qui m’a inspiré cette fiction, modeste mais géniale…
[m.à.j. du 23 avril] Le même, surligné pour vous par Choléra sur Epidemik.fr !
Vous voulez que ça cesse ? Moi aussi.
Pour qu’on arrête de rafler les gamins à l’aube ou à la sortie de nos écoles de la République :












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